Quelle taille de catamaran faut-il pour traverser un océan ?

Tour du monde en catamaran de 38 pieds : 2 récits d’aventure

Beaucoup des futurs propriétaires avec lesquels nous échangeons pensent qu’il y a une taille minimale pour traverser un océan en sécurité et confortablement sur un catamaran et que l’Excess 11 avec ses 38 pieds est trop petit!

Pourtant 2 Excess 11 tout neuf viennent d’arriver à Tahiti pour rejoindre notre flotte de gestion locative. Ils n’ont pas été livrés par des convoyeurs professionnels mais par leurs propriétaires qui sont partis ensemble de France en novembre pour la plus belle aventure de leur vie.

Découvrez les meilleurs moments de cet extraordinaire voyage à la voile !

Hinatea Fonteneau, owner of Excess 11 catamaran arriving in Marquesas

Tristan et Hinatea sont deux jeunes ingénieurs partis s’installer en Polynésie. Si Tristan est Breton d’origine, Hinatea a elle grandi en Polynésie et souhaite mettre ses compétences au service de son pays.  Vous les avez peut-être rencontrés dans notre précédent article sur leur projet

Par souci de l’environnement ils ont choisi de rallier Tahiti à la voile plutôt que de prendre l’avion. Un parcours éprouvant avec des découvertes merveilleuses pour eux deux qui n’avaient que peu d’expérience de la voile mais se sont bien entourés. L’accueil aux Marquises a été inoubliable!

Darren Thompson avait pas mal de miles nautiques à son actif mais attendait depuis longtemps de réaliser son rêve : traverser un océan à la voile.

Avec l’aide de deux amis navigateurs et le suivi à distance de l’équipe Sail Tahiti il a réussi a rallier Tahiti depuis les Sables d’Olonne en un temps record. Place aux plaisirs en famille maintenant : son épouse et leurs enfants viennent le rejoindre pour passer de merveilleux moments dans les lagons de Polynésie.

Le voyage de Darren : Des Sables d’Olonne à Tahiti en 96 jours !

L’Excess 11 : le choix familial pour naviguer en Polynésie

Nous avons récupéré notre Excess 11 aux Sables le 13 octobre 2023. Ma femme et moi avons trois enfants âgés de 9 à 17 ans et après avoir passé beaucoup de temps à faire des recherches et à essayer différents bateaux, nous avons décidé d’acheter un Excess 11, que les enfants ont appelé Albatross. Nous vivons en Nouvelle-Zélande, et avec seulement cinq heures de vol entre Auckland et Tahiti, nous avons décidé de garder le bateau à Tahiti, d’où nous pourrons passer du temps à explorer la centaine d’îles qui composent la Polynésie française.

Une transatlantique rapide et sûre malgré des conditions difficiles

Un de mes amis navigateurs est venu d’Australie pour nous aider pendant la première moitié du voyage et, après avoir attendu une fenêtre météo, nous avons quitté Les Sables d’Olonne à 4 heures du matin le 17 novembre. Il nous a fallu trois jours pour traverser le Golfe de Gascogne et contourner le Point Finisterre dans des vents relativement légers, mais une fois que nous avons viré au sud le long de la côte du Portugal, le vent est monté à plus de 30 nœuds avec une mer de 3,5 m, et nous avons couru au portant jusqu’à Cascais en seulement deux jours.

Ocean crossing on Excess 11

Avant de naviguer sur l’Excess 11, l’une de mes principales préoccupations était de savoir comment un catamaran plus petit allait gérer le mauvais temps et les grosses mers, mais Albatross a été très confortable tout au long de la traversée.  Nous avons préparé des repas complets le soir et apprécié le café frais assis à la barre le matin. À Cascais, nous avons récupéré un membre d’équipage supplémentaire, avant de mettre le cap sur Lanzarote où nous nous sommes préparés à la traversée de l’Atlantique. Nous avons quitté les îles Canaries et l’Europe le 1er décembre en direction de la Martinique, dans les Caraïbes. Les accalmies dans les alizés de l’Atlantique nous ont obligés à naviguer très au sud pour rester dans le vent, avec des périodes de navigation au moteur pour arriver en Martinique le lendemain de Noël. Deux moteurs et 400 litres de carburant donnent à l’Excess 11 une bonne autonomie au moteur, ce dont nous avions besoin pour cette traversée avec des vents légers et variables. Beaucoup d’autres bateaux n’ont pas eu cette chance, et nous nous sommes arrêtés pour aider un monocoque qui n’avait plus de carburant à deux jours de la Martinique.

Moyenne journalière : plus de 200 miles nautiques / jour dans le Pacifique !

Xmas party on a catamaran Excess 11

Après une courte escale en Martinique, nous avons traversé le Panama et nous nous sommes à nouveau retrouvés avec des vagues de plus de 3 mètres et des vents forts. L’Excess 11 s’est avéré très stable dans toutes les conditions et nous avons touché terre à Colon après 8 jours. Nous avons traversé le canal de Panama, ravitaillé le bateau et sommes partis pour la plus longue étape, plus de 4000 nm à travers le Pacifique, en direction du sud jusqu’à la vue des îles Galapagos et ensuite vers l’ouest jusqu’à Hiva Oa dans les îles Marquises. Avec des vents de 12-15 nœuds au travers et un courant favorable, nous avons parcouru plusieurs jours de 200nm et plus, notre meilleur score étant de 240nm en une seule journée. Il nous a fallu un peu moins de 25 jours pour effectuer la traversée de 4000nm jusqu’à Hiva Oa, et après une brève escale, seulement 7 jours de plus pour terminer notre voyage jusqu’à Tahiti, y compris une rapide escale dans les Tuamotos. Au total, nous avons parcouru 11 600 milles marins en un peu plus de 3 mois. C’était une aventure d’amener le bateau à Tahiti, mais le meilleur reste à venir, le mois prochain ma famille et moi retournons à Tahiti pour passer quelques semaines à explorer certaines des îles à bord de l’Albatross.

Le voyage de Hinatea et Tristan sur leur Excess 11 Ma’aramu

L’expérience du canal de Panama : une grosse frayeur !

Le 22 à midi, la Vigie Cristobal (qui contrôle l’entrée du canal côté Atlantique) nous donne l’ordre d’avancer vers l’entrée du canal, tandis qu’un pilote, qui doit nous guider dans les écluses et le canal, monte à bord. Le passage des écluses est vraiment impressionnant. Nous passons à couple avec un remorqueur et un autre catamaran. Il ne doit pas avoir beaucoup plus d’un mètre entre nous et les murs en béton de dix mètres de haut. Nos sortons des écluses en fin d’après midi et devons passer la nuit sur le Lac Gatun, à 24 mètres d’altitude. Les bruits n’ont rien à voir avec ce qu’on a l’habitude d’entendre en bateau, on a vraiment l’impression d’être au milieu de la jungle. Le pilote nous amarre à une énorme bouée qui fait bien 2 mètres de diamètre et nous laisse pour la nuit. Vers minuit, Hina et moi sommes réveillés par des cris paniqués sur le pont: notre bateau, mal amarré par le pilote, s’est détaché de sa bouée et derive vers la Mangrove qui n’est plus qu’à une dizaine de mètres. Juste assez de temps pour allumer les moteurs, retrouver notre bouée tant bien que mal et s’y amarrer beaucoup plus fermement. On l’a échappé belle.

Excess 11 in the Panama Canal

Le lendemain, on traverse le reste du canal, parfois dans des méandres du lac Gatun, parfois dans des canyons creusés dans la roche, trop étroits pour que deux cargos s’y croisent, avant de descendre les écluses de Miraflores. A 16h, nous sommes dans le Pacifique! Il reste 5,000 miles nautiques jusqu’à Tahiti, mais on a l’impression d’avoir fait le plus dur.

La traversée du Pacifique : le bonheur à la voile

Excess 11 sailing past Galapagos

La traversée du Pacifique ne sera presque que du bonheur (ou peut-être est ce notre mémoire qui nous joue des tours?)… Nous quittons Panama le 25 Janvier vers midi, avec l’idee que nous ne verons peut-être pas de terre avant 1 mois, car le Pacifique a la reputation d’avoir un alyzé assez faible et inconstant. Au final, cette traversée sera celle de tous les records pour nous. Nous avons fait les 4,000 miles nautiques vers les Marquises sur un seul bord, très souvent vent de travers, qui est l’allure preferée du bateau.

La première semaine est la plus compliquée, avec un vent arriere assez faible au début, puis la traversée du Pot-au-noir, nous obligeant a faire du moteur pendant 1 jour et demi. On prend quelques grains mais ils sont au final innofensifs et le vent ne monte pas dans les grains. On se retrouve aussi a faire du près pendant quelques heures, pour la première fois depuis le Golfe de Gascogne! Pressés par le temps (Hinatea avant un travail qui l’attend a Tahiti ), nous avons pris la decision de ne pas nous arreter aux Galapagos, mais nous n’avons pas resisté à la tentation de passer au milieu de l’archipel. Plus on s’approche, plus la faune est riche. A un moment, plus de 20 fous du Pacifique decident de passer la nuit sur le bateau. Un superbe souvenir.

A l’ouest des Galapagos, les fichiers méteo et cartes marines nous indiquent le presence d’un courant portant très fort, entre 2 et 3 noeuds. Ce courant nous oblige à une route un peu nord, un peu plus longue que la route directe et avec un alizé un peu moins stable car plus proche du pot-au-noir. On tente le pari quand même, et après 2-3 jours on bascule dans une autre dimension: dans un vent très stable de 12-13 noeuds, sous code 0, nous filons quasiment en permanence entre 9 et 10 noeuds, enchainant plusieurs journées a plus de 200 miles nautiques, et ce dans un réel confort. C’est le bonheur. Dans ces moments là, nous nous sentons invincibles.

A une semaine des Marquises, il faut se résoudre a quitter ce courant qui nous aura bien aidés. Dans un vent toujours bien etabli, on avance encore très bien, souvent autour des 7 noeuds. Seule la dernière journée se fait au moteur, le vent étant completement absent. Le 19 février, Hiva Oa est en vue!

L’incroyable accueil aux Marquises !

L’accueil aux Marquises sera exceptionnel. Le père de Hinatea, qui connait visiblement tout le monde sur l’ile de Hiva Oa après y avoir vecu plusieurs années, à organisé un accueil avec les élèves du college de l’ile. On entend les percussions et le haka avant même d’entrer dans le port. Hinatea est recouverte de colliers de fleurs, et on nous offre des kilos de fruits frais, tous plus bons les uns que les autres. Ça tombe bien, après 25 jours en mer, on commençait a manquer 🙂

Au final ce Pacifique que l’on redoutait un peu de part la longueur (Hina et moi n’avions jamais passé une nuit au large 3 mois avant) et l’isolation à été notre plus belle étape, bien aidés par notre code 0 et un equipage au top et qui rigolait tous les jours!

Excess 11 just arrived in Marquesas

Des Marquises à Tahiti en catamaran Excess 11 : escale aux Tuamotus

Le 23 février, nous quittons les Marquises pour la dernière étape de notre périple, direction Tahiti, avec une équipe remaniée. Hinatea nous quitte car elle est attendue à Tahiti au plus vite, Nico et Elsa  aussi car ils doivent rentrer en France, Jean-François (le père de Hina) et Julien, tous les deux débutants, nous rejoignent. Inès (la capitaine) et moi assurerons donc tous les quarts, au moins au début. On sait que ça sera dur au niveau du sommeil, mais on a la chance de bénéficier d’une météo assez calme, et de pouvoir faire escale dans l’archipel des Tuamotus si besoin.

Pour se mettre en jambe, nous commençons par une courte navigation de deux heures vers l’île de Tahuata, avant de passer la nuit dans la baie paradisiaque de Hanamoenoa. Le lendemain matin, nous partons pour une navigation de 4 jours vers l’atoll de Toau et ses 16 habitants. Le bateau glisse bien sous code 0, dans une vent régulier autour de 12-14 noeuds. Peut-être est ce psychologique, mais j’ai l’impression que le bateau, plus léger qu’au départ de France (moins chargé en nourriture et en gasoil), avance mieux. On avance assez souvent au dessus des 7 noeuds sans avoir besoin de beaucoup de vent, et Mara’amu ne donne pas du tout l’impression de souffrir.

On arrive le mercredi 28 février à l’anse Amyot, un endroit très particulier dans les Tuamotu. Cette anse est une fausse passe vers le lagon, protégée de la houle mais entourée de patates de corail. On a vraiment l’impression d’être au bout du monde, ce qui n’a pas l’air de déplaire à Gaston et Valentine, les deux seuls habitants du motu, qui vivent de la pèche au poisson perroquet et aux Langoustes qu’ils vendent à Tahiti ou sur place. Ce soir nous sommes les seuls visiteurs, mais il parait qu’en haute saison il y à foule (tout est relatif, ici la foule veut dire dix bateaux tout au plus!).

Nous passons 24 heures sur place, en profitant pour faire une vraie nuit et explorer le lagon vraiment magnifique et préservé. Le jeudi, c’est le départ vers Tahiti que l’on souhaite rejoindre samedi. 2 jours pour faire 250 miles nautiques c’est normalement assez tranquille mais la météo annoncée n’est pas favorable, avec peu de vent et des orages.

Anse Amyot Toau atoll Tuamotus
Toau Tuamotus Atoll anse Amyot

Au final, à moins de 100 miles de la délivrance, nous essuyons le grain le plus violent de tout le voyage. Le vent monte de 10 a 40 noeuds en quelques minutes, et nous finissons par affaler entièrement la grand voile, naviguant sous foc seul, quasiment en fuite. La mer qui ressemblait à un lac est démontée 30 minutes plus tard, d’autant que le vent reste établi autour des 25 noeuds pendant plusieurs heures. Les fichiers météo annoncent un autre front orageux dans la nuit, et nous décidons de changer notre route. Au lieu de passer au vent de Tahiti pour contourner l’île par le sud, nous faisons cap vers l’ouest, par peur de nous retrouver “coincés” entre l’île et la forte mer qui s’est levée. Finalement, le front orageux annoncé n’arrivera jamais jusqu’à nous. Notre dernier coucher de soleil en mer sera l’un des plus beaux de tout le voyage, et nous arrivons à Tahiti samedi au lever du jour, par 5 noeuds de vent. Je suis toujours fasciné de la vitesse à laquelle les conditions changent en mer…

Samedi 2 mars, nous jetons l’ancre pour la dernière fois, juste devant la maison de famille à Papara. Le lagon de Tahiti est toujours aussi beau et sauvage dans cette partie de l’île… We did it! Merci Excess, merci Sail Tahiti, merci Mara’amu qui nous a porté pendant plus de 10.000 miles nautique, des dépressions du Golfe de Gascogne à Tahiti ❤️

Parlons de votre projet!